LAURENCE RAMEAU In Le journal des professionnels de la petite enfance n° 72- sept/oct 2011
Ce qu'il faut comprendre c'est qu'il est illusoire de vouloir faire respecter des règles et des limites aux tout-petits.
Les bébés apprennent, dans les premières années de leur vie, bien plus de choses qu'ils n'en apprendront plus tard. Ils apprennent à bouger leur corps dans l'espace, à se déplacer, à marcher, à parler, à pénétrer et à interpréter les différentes modalités relationnelles entre les êtres, à comprendre les premières notions de mathématiques et de physique, la forme des objets, leur utilisation... Ils organisent leur pensée et cherchent à comprendre le monde en faisant des expériences.
Cependant nous n'avons que peu d'information sur la manière exacte dont ils saisissent toutes ces choses, et il est fort probable que les bébés n'apprennent pas tous de la même manière.
Pour certains les bébés ne seraient pas des adultes auxquels manqueraient des compétences. Ils sont tout simplement autres. Ils différent essentiellement par leur immaturité et donc leur dépendance aux adultes. Mais cette dépendance est un atout dans la mesure où elle les rend libres d'apprendre en les déchargeant des contraintes liées à leur survie et leur laisse beaucoup de temps pour découvrir le monde, ses possibilités, pour chercher à comprendre comment les objets et les choses fonctionnent. Dépendance d'un côté, liberté de l'autre: les bébés ne sont pas démunis mais au contraire disposent d'énormes capacités à mettre en jeu le monde et donc à le réinventer.
Nous jugeons qu'ils font des bêtises, qu'ils sont incontrôlables, mais il ne font qu'apprendre. S'il est illusoire de faire respecter des règles et des interdits aux tout-petits, cela ne doit pas empêcher les adultes de les leur apporter. En effet, il semble évident d'arrêter l'enfant qui peut faire mal ou se blesser lui-même. Mais il nous faut nous armer de patience, car les bébés n'ont de cesse que de tenter des expérimentations et de les renouveler pour éprouver leur véracité. Ils cherchent à savoir si le fameux « NON » est toujours valable à la dixième tentative. Nous fâcher serait un erreur , tout autant que croire en un éventuel désir de provocation des bébés à notre égard.