Christian Morrisson
Une publication de l'OCDE à lire sur: http://www.oecd.org/dataoecd/24/23/1919068.pdf
Introduction (p 5)
L’application de programmes d’ajustement dans des dizaines de pays pendant les années 80 a montré que l’on avait négligé la dimension politique de l’ajustement. Sous la pression de grèves, de manifestations, voire d’émeutes, plusieurs gouvernements ont été obligés d’interrompre ou d’amputer sévèrement leurs programmes.
Ces insuffisances ont incité le Centre de Développement a entreprendre, en 1990, un projet sur « La Faisabilité politique de l’ajustement » qui s’est inscrit dans le prolongement de celui sur « Ajustement et équité ».
En classant en fonction de leur risque politique des mesures qui ont le même effet économique, nous procurons une information utile pour les gouvernements qui souhaitent minimiser les risques de troubles.
(NB : les pays étudiés sont des pays en voie de développement, obligés par le FMI à réduire leurs dépenses publiques, en échange d’une aide financière)
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Les mesures qui suscitent le plus de manifestations sont les mesures qui touchent toute la population, à savoir les hausses de prix, quelle qu’en soit l’origine.
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Pourtant, d’autres mesures n’entraînent aucun trouble :
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Les coupures dans les budgets d’investissement ne suscitent habituellement aucune réaction, même lorsqu’elles sont très sévères Dans la réalité, les entreprises du bâtiment souffrent beaucoup de telles coupures qui multiplient les faillites et les licenciements. Mais ce secteur, composé surtout de petites et moyennes entreprises, n’a quasiment aucun poids politique. p 17
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Les réductions des dépenses de fonctionnement, ne provoquent pas non plus de réactions. Le gouvernement peut même obtenir le soutien de l’opinion si elles sont présentéescomme une mesure d’équité : au moment où l’on demande des sacrifices à toute la population, les fonctionnaires doivent aussi en accepter.
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On ne peut appliquer un programme de stabilisation sans léser les intérêts de salariés du secteur public et parapublic, de consommateurs urbains, de salariés et de chefs d’entreprise du secteur moderne. Ces populations sont fortement syndiquées, et en mesure de se défendre.
Affaiblir les corporatismes (p 23)
Toute politique qui affaiblirait les corporatismes serait souhaitable.
Cette politique peut prendre diverses formes : garantie d’un service minimum, formation d’un personnel qualifié complémentaire, privatisation ou division en plusieurs entreprises concurrentes, lorsque cela est possible.
Eviter un front commun des fonctionnaires
Les salaires nominaux peuvent être bloqués (ce qui allège rapidement la masse salariale en termes réels) ; on peut ne pas remplacer une partie des salariés qui partent en retraite ; ou bien l’on peut supprimer des primes dans certaines administrations.
Cela, en suivant une politique discriminatoire pour éviter un front commun de tous les fonctionnaires.
Par exemple, si l’on réduit les salaires des fonctionnaires, il faut les baisser dans tel secteur, les bloquer en valeur nominale dans un autre, et même les augmenter dans un secteur clé politiquement.
Évidemment, il est déconseillé de supprimer les primes versées aux forces de l’ordre dans une conjoncture politique difficile où l’on peut en avoir besoin.
Diminuer la qualité, pas la quantité (p 30)
On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants.
Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité.
Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population.
Communiquer pour faire contre-poids à l’opposition(p 21)
Il est évident que les partis d’opposition attendent cette occasion pour mobiliser l’opinion contre le gouvernement en s’appuyant sur la coalition des groupes hostiles en permanence et des groupes touchés par l’ajustement (les seconds peuvent figurer parmi les premiers, mais pas nécessairement).
Il faut éviter que ce mouvement s’étende à toute la population urbaine, en se ménageant par des actions discriminatoires le soutien de divers groupes, afin de constituer une coalition d’intérêts opposée, qui fasse contrepoids à cette opposition.
C’est le complément indispensable à sa stratégie de communication et le seul moyen de s’assurer un soutien durable.
Ainsi, un programme de stabilisation est la résultante d’un nombre élevé de mesures choisies en fonction de leur coût politique (ce coût étant estimé à l’aide d’enquêtes de sondages ou de rapports des autorités locales), auxquelles il faut ajouter des campagnes dans les médias, voire des actions spectaculaires, pour obtenir le soutien de la population et faire contrepoids à l’opposition qui cherche à exploiter, par tous les moyens, les mécontentements inévitables que suscite le programme de stabilisation.
AVIS: "La faisabilité politique de l'ajustement" ou comment faire une politique économique de rigueur sans en avoir l'air. Très rapide à lire (à peine une trentaine de pages) et cela permet de voir où se sont inspirés nos hommes politiques pour établir leur programme économique.